Par Elisha Bajemon, Ingénieur IA chez TW3 Partners. Dernière mise à jour : 2 octobre 2026.
En bref
Les cas d’usage de l’IA en marketing les plus répandus en 2026 sont la rédaction de contenus, la recherche, la personnalisation et le traitement des demandes entrantes. Selon la dixième édition du State of Marketing de Salesforce (17 février 2026, 4 450 répondants), 75 % des professionnels du marketing déclarent utiliser l’IA, mais 13 % seulement ont mis en place des agents. L’étude AI Trends for Marketers de HubSpot (plus de 1 000 professionnels interrogés, page mise à jour le 8 septembre 2026) place la rédaction de contenus (52 %) et la recherche (48 %) en tête des usages.
Le cadre juridique est posé : les règles de transparence du règlement (UE) 2024/1689 (article 50) s’appliquent depuis août 2026, la CNIL a publié le 18 juillet 2024 ses recommandations pour déployer une IA générative, et le CSPLA a rendu le 16 juillet 2026 son rapport sur le statut des productions de l’IA. Cet article décrit six familles de cas d’usage, leurs résultats mesurés, la gouvernance à poser et le cadrage d’un premier projet.
1. Quels cas d’usage de l’IA une direction marketing déploie-t-elle en premier ?
Les premiers cas d’usage déployés sont ceux qui portent sur du texte : rédiger, résumer, reformuler, classer. Un cas d’usage d’IA en marketing désigne une tâche précise de la fonction marketing, confiée en tout ou partie à un système d’IA, avec un résultat vérifiable, un responsable de la validation et une mesure du gain obtenu.
Dans l’enquête HubSpot citée plus haut, 79 % des professionnels du marketing estiment que l’IA leur permet de passer moins de temps sur les tâches manuelles.
| Famille de cas d’usage | Ce que fait le système | Ce que l’équipe garde |
|---|---|---|
| Production et déclinaison de contenus | Premier jet, variantes par canal, langue et format | Le brief, la validation, la responsabilité éditoriale |
| Segmentation et personnalisation | Regroupement des contacts, variantes de messages par segment | Les règles de ciblage, le choix des données |
| Analyse des retours et avis | Classement des verbatims par thème et par ton, synthèse | La lecture des cas limites, les décisions |
| Veille | Résumés de sources, alertes sur des sujets suivis | Le choix des sources, la vérification des citations |
| Support aux équipes commerciales | Fiches de préparation, réponses aux questions entrantes | La relation, l’engagement pris auprès du client |
| Visibilité dans les moteurs de réponse IA (GEO) | Mesure des citations, réécriture des pages | La ligne éditoriale, les faits publiés |
2. Production et déclinaison de contenus : où est le gain, où est le risque ?
Le gain mesuré est d’abord un gain de temps. D’après la CMO Spend Survey 2025 de Gartner (402 directeurs marketing interrogés de février à mars 2025, communiqué du 12 mai 2025), les investissements en IA générative produisent leur retour par une meilleure efficacité en temps (49 %), une meilleure efficacité en coûts (40 %) et une capacité accrue à produire des contenus (27 %).
La même enquête situe les budgets marketing à 7,7 % du chiffre d’affaires et relève que 59 % des directeurs marketing les jugent insuffisants pour exécuter leur stratégie : l’IA générative sert d’abord à faire tenir le plan de contenus dans un budget stable.
Le risque est du côté du public. L’étude Media Reactions 2025 de Kantar (plus de 21 000 consommateurs dans 30 marchés, 2 octobre 2025) relève que 57 % des consommateurs s’inquiètent de l’usage de l’IA générative pour créer de fausses publicités, alors que 70 % des professionnels du marketing l’utilisent déjà pour gagner en efficacité.
Une direction marketing organise donc un brief écrit (cible, message, faits à citer, ton), une relecture humaine avant publication et une règle sur la mention de l’IA, dont l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 fixe les cas obligatoires (section 7).
3. Segmentation, personnalisation et analyse des retours : que faire des données ?
La personnalisation bute moins sur les modèles que sur les données. Selon Salesforce (édition 2026), 78 % des professionnels du marketing disent avoir besoin de plus de contenus personnalisés qu’ils ne peuvent en produire, et 26 % seulement se disent pleinement satisfaits de l’unification de leurs données. Un système d’IA qui rédige des variantes par segment ne corrige pas une base de contacts incomplète ; il la reproduit à grande échelle.
L’analyse des retours et des avis est le cas d’usage le plus simple à cadrer : le système classe des verbatims (avis en ligne, réponses à des enquêtes, courriels entrants) par thème, par ton et par irritant, puis produit une synthèse avec les extraits qui la justifient ; l’équipe lit les cas limites et décide. L’exercice demande une liste de thèmes stable, un échantillon classé à la main pour mesurer la qualité du classement, et une règle sur les données personnelles présentes dans les textes.
Sur ce dernier point, la CNIL recommande dans ses questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative (18 juillet 2024) de ne jamais partager d’informations confidentielles telles que des données personnelles avec un service grand public, de privilégier une solution sur site pour les usages confidentiels, et de sécuriser le recours à une infrastructure externe par un contrat de sous-traitance.
4. Veille et support aux équipes commerciales
La veille et le support commercial partagent la même contrainte : le système doit citer sa source. En veille, l’IA résume des publications, des sites concurrents ou des appels d’offres ; l’équipe choisit les sources et vérifie les citations, car un résumé sans lien vers le passage d’origine ne se contrôle pas.
Côté commercial, les usages courants sont la fiche de compte avant un rendez-vous, le compte rendu d’entretien et la réponse aux questions entrantes. Salesforce relève que 69 % des professionnels du marketing peinent à répondre rapidement aux demandes et que 81 % font désormais confiance à l’IA pour en traiter ; HubSpot mesure que 41 % utilisent l’IA générative pour automatiser les messages de marque et le marketing conversationnel. Dans tous ces cas, le système prépare la réponse et une personne l’engage.
5. Pourquoi la visibilité dans les moteurs de réponse IA (GEO) devient-elle un cas d’usage marketing ?
Parce qu’une part des recherches se termine désormais dans une réponse rédigée par une IA, sans clic vers le site. Le GEO (Generative Engine Optimization) désigne l’ensemble des pratiques qui rendent un contenu lisible, vérifiable et citable par les assistants d’IA (ChatGPT, Perplexity, Gemini, aperçus IA de Google), afin qu’il soit repris dans leurs réponses. Le référencement classique vise une position dans une liste de liens ; le GEO vise une citation dans une réponse.
Le Pew Research Center a analysé la navigation de 900 adultes américains en mars 2025, soit 68 879 recherches Google (publication du 22 juillet 2025) : 18 % des recherches ont produit un résumé IA ; les utilisateurs exposés à un résumé ont cliqué sur un résultat classique dans 8 % des visites, contre 15 % sans résumé. Côté entreprises, Salesforce note que 88 % des professionnels du marketing adaptent déjà leurs contenus à la recherche pilotée par l’IA.
Le GEO se traite comme un cas d’usage à part entière : choisir les questions que posent ses publics, relever quelles sources les assistants citent, noter ses propres pages et réécrire celles qui ne sont pas reprises, avec une réponse courte en tête de section, des définitions nettes et des chiffres datés et attribués. TW3 Partners mesure cette visibilité question par question et moteur par moteur ; la méthode est décrite dans un article dédié et proposée comme service.
6. Ce qui marche et ce qui déçoit d’après les études publiées
Les études publiées en 2025 et 2026 décrivent une adoption large et des résultats inégaux. Un communiqué de Gartner du 18 février 2025 titre que plus d’un quart des organisations marketing ont une adoption limitée ou nulle de l’IA générative pour leurs campagnes.
| Constat | Chiffre | Source et date |
|---|---|---|
| Professionnels du marketing qui utilisent l’IA | 75 % | Salesforce, State of Marketing, 17 février 2026 |
| Professionnels du marketing qui ont mis en place des agents d’IA | 13 % | Salesforce, State of Marketing, 17 février 2026 |
| Responsables martech qui jugent que les agents d’IA de leurs éditeurs ne tiennent pas la performance promise | 45 % | Gartner, 29 octobre 2025 |
| Part du travail marketing attendue comme automatisée par l’IA d’ici 2028 | 36 %, soit le double | Gartner, 11 mai 2026 |
| Consommateurs inquiets des fausses publicités générées par IA | 57 % | Kantar, Media Reactions 2025, 2 octobre 2025 |
| Freins cités : confidentialité des données, temps de formation, outils redondants | 42 %, 39 %, 35 % | HubSpot, AI Trends for Marketers, 2026 |
Ce qui marche tient à trois conditions : un cas d’usage borné où le texte domine, des données propres en entrée, et un contrôle humain maintenu sur la publication. Ce qui déçoit relève de l’outil acheté sans tâche définie et de l’agent censé remplacer un processus que personne n’a décrit.
7. Quelle gouvernance pour l’IA dans une direction marketing ?
La gouvernance tient en quatre règles écrites : qui valide, ce qui entre dans le système, à qui appartient ce qui en sort, et ce qui est dit au public.
Qui valide, et selon quelle charte ?
La CNIL recommande, dans Comment déployer une IA générative ? (18 juillet 2024), de partir d’un besoin concret, d’encadrer les usages par une liste d’utilisations autorisées et interdites, de privilégier des systèmes locaux, sécurisés et spécialisés, d’interroger le fournisseur sur la réutilisation des données, et de former les utilisateurs, en associant le délégué à la protection des données. La charte marketing ajoute qui relit avant publication.
Quelles données peuvent entrer dans le système ?
Le RGPD s’applique aux données de contacts, de clients et de prospects utilisées pour segmenter ou personnaliser. La CNIL a publié treize fiches pratiques sur le développement des systèmes d’IA (base légale, intérêt légitime, analyse d’impact, information des personnes, sécurité), série finalisée le 22 juillet 2025. Les deux points de contrôle immédiats sont le contrat de sous-traitance avec le fournisseur et la clause sur la réutilisation des données confiées pour entraîner ses modèles.
À qui appartient ce qui sort du système ?
Le rapport du CSPLA sur le statut des productions de l’intelligence artificielle (16 juillet 2026, mission présidée par Alexandra Bensamoun) conclut qu’il n’est pas nécessaire de créer un nouveau droit : une production purement synthétique, obtenue sans intervention humaine significative, n’est pas protégée par le droit d’auteur ; une création qui porte la trace d’une véritable direction créative humaine peut l’être.
Le rapport situe cette direction à trois moments (conception et paramétrage, génération par itérations, sélection et retouche) et rappelle les risques de contrefaçon, de générations « à la manière de » et de parasitisme. Une charte marketing en tire deux règles : documenter la part humaine des contenus qu’elle veut protéger, et ne pas demander au système d’imiter un auteur ou une marque identifiables.
Que dire au public d’un contenu généré ?
Selon la page de la Commission européenne consacrée au règlement (UE) 2024/1689 (mise à jour le 3 août 2026), les règles de transparence s’appliquent depuis août 2026. L’article 50 impose aux fournisseurs de marquer les contenus de synthèse dans un format lisible par machine, et aux déployeurs d’indiquer qu’un contenu a été généré ou manipulé par une IA dans deux cas : les hypertrucages (images, sons, vidéos) et les textes publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt public, sauf examen humain ou contrôle éditorial avec une personne qui en assume la responsabilité.
L’article 4, applicable depuis le 2 février 2025, demande aux déployeurs d’assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA à leur personnel. L’annexe III, qui liste les domaines à haut risque (biométrie, infrastructures critiques, éducation, emploi, services essentiels, répression, migration, justice), ne vise pas les usages marketing décrits ici.
8. Comment cadrer un premier projet d’IA marketing ?
Un premier projet se cadre sur une tâche, un jeu d’exemples réels et une grille de notation.
| Étape | Livrable | Question à trancher |
|---|---|---|
| 1. Choisir la tâche | Une fiche : tâche, volume mensuel, temps actuel, qui valide | Le gain se mesure-t-il en heures, en délai ou en qualité ? |
| 2. Constituer le jeu d’essai | Quelques dizaines d’exemples réels avec le résultat attendu | Les exemples couvrent-ils les cas difficiles ? |
| 3. Fixer les règles | Charte d’usage, données autorisées, règle de mention de l’IA | Le délégué à la protection des données a-t-il relu ? |
| 4. Choisir l’hébergement et le contrat | Solution sur site, API ou service grand public selon la sensibilité | Les données servent-elles à entraîner les modèles du fournisseur ? |
| 5. Piloter et mesurer | Un pilote limité dans le temps, noté sur le jeu d’essai | Quelle part des résultats est publiée sans réécriture ? |
| 6. Décider | Extension, correction ou arrêt, avec le coût réel constaté | Le gain couvre-t-il le coût de la validation ? |
Les cas d’usage de l’IA en marketing qui tiennent dans le temps sont ceux où la tâche est nommée, la donnée maîtrisée et la validation humaine maintenue. C’est à cette condition que le gain de temps mesuré par les études se retrouve dans l’organisation.
9. FAQ
Quels sont les cas d’usage de l’IA en marketing les plus répandus ?
La rédaction de contenus (52 % des professionnels interrogés par HubSpot), la recherche (48 %) et l’automatisation des messages de marque (41 %). La personnalisation et l’analyse des retours suivent, avec une contrainte plus forte sur la qualité des données.
Faut-il indiquer qu’un contenu marketing a été généré par une IA ?
Le règlement (UE) 2024/1689 l’impose pour les hypertrucages et pour les textes publiés afin d’informer le public sur des questions d’intérêt public, sauf examen humain et responsabilité éditoriale assumée. Pour les autres contenus, la mention relève de la charte de l’organisation ; Kantar note que l’information des consommateurs et la transparence sont la clé pour surmonter les réticences actuelles.
Un contenu généré par IA est-il protégé par le droit d’auteur ?
Selon le rapport du CSPLA du 16 juillet 2026, une production purement synthétique n’est pas protégée ; une création qui porte la trace d’une véritable direction créative humaine peut l’être. Documenter les choix humains (brief, itérations, sélection) permet d’établir cette direction.
Peut-on utiliser un assistant grand public avec des données clients ?
La CNIL recommande de ne jamais partager de données personnelles ou confidentielles avec un service grand public, et de privilégier une solution sur site ou contractualisée pour ces usages. Le contrat doit préciser si le fournisseur réutilise les données pour entraîner ses modèles.
Qu’est-ce que le GEO et pourquoi concerne-t-il le marketing ?
Le GEO désigne les pratiques qui rendent un contenu citable par les assistants d’IA. D’après le Pew Research Center (juillet 2025), un résumé IA fait passer les clics vers les résultats classiques de 15 % à 8 % des visites. Être cité dans la réponse devient une condition de visibilité.
Quel premier projet choisir ?
Une tâche à fort volume de texte, avec un responsable de validation identifié et des exemples réels disponibles : déclinaison de contenus, classement de verbatims ou préparation de fiches commerciales. Le pilote se note sur un jeu d’essai et se décide sur le coût réel constaté.
Que mesurer pour juger un pilote ?
Le temps par tâche avant et après, la part des résultats acceptés sans réécriture, le nombre d’erreurs factuelles relevées en relecture, et le coût complet (licences, validation, formation). Les études citées montrent que le gain principal est le temps ; il doit se constater sur les cas de l’organisation.
10. Pour aller plus loin
- GEO, visibilité dans les IA
- Generative Engine Optimization : mesurer sa visibilité dans les réponses IA
- Mesure de la visibilité d’un site dans les réponses des moteurs d’IA
- L’IA dans les logiciels que vos équipes utilisent déjà
- Mesure de l’adoption et analyse des conversations
11. Sources
- Salesforce, 5 Hard Truths From the Tenth State of Marketing Report, 17 février 2026
- HubSpot, The HubSpot Blog’s AI Trends for Marketers Report, page mise à jour le 8 septembre 2026
- Gartner, 2025 CMO Spend Survey Reveals Marketing Budgets Have Flatlined at 7.7% of Overall Company Revenue, 12 mai 2025
- Gartner, Survey Reveals Over a Quarter of Marketing Organizations Have Limited or No Adoption of GenAI for Marketing Campaigns, 18 février 2025
- Gartner, Survey Finds 45% of Martech Leaders Say Existing Vendor-Offered AI Agents Fail to Meet Their Expectations of Promised Business Performance, 29 octobre 2025
- Gartner, Survey Reveals Marketing Leaders Expect AI Automation of Marketing Work to Double to 36% by 2028, 11 mai 2026
- Kantar, Media Reactions 2025: Where do people prefer advertising?, 2 octobre 2025
- Pew Research Center, Google users are less likely to click on links when an AI summary appears in the results, 22 juillet 2025
- CNIL, Comment déployer une IA générative ? La CNIL apporte de premières précisions, 18 juillet 2024
- CNIL, Les questions-réponses de la CNIL sur l’utilisation d’un système d’IA générative, 18 juillet 2024
- CNIL, Les fiches pratiques IA
- CNIL, IA : la CNIL finalise ses recommandations sur le développement des systèmes d’IA et annonce ses futurs travaux, 22 juillet 2025
- CSPLA, Publication du rapport de mission sur le statut des productions de l’intelligence artificielle, 16 juillet 2026
- EUR-Lex, Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 (AI Act), Journal officiel de l’Union européenne, 12 juillet 2024
- Commission européenne, AI Act, regulatory framework for AI, page mise à jour le 3 août 2026