Par Elisha Bajemon, Ingénieur IA chez TW3 Partners. Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.

En bref

La provenance décrit d’où vient une information, comment elle a été transformée et qui a participé à sa production. Pour un dirigeant, elle doit permettre de retrouver les éléments qui soutiennent une décision. Le W3C, dans sa recommandation PROV-DM du 30 avril 2013, fournit un vocabulaire pour décrire ces liens. Une adresse de source constitue le point de départ du travail de vérification. Pour documenter un calcul, il faut aussi relier le résultat aux données utilisées et à la formule appliquée. TW3 propose ici une méthode de conception pour remonter d’une phrase jusqu’aux pièces archivées, en distinguant les transformations et leurs responsables.

1. Quelle différence entre une source et une provenance ?

Une source apporte la matière utilisée ; la provenance de l’information examinée décrit les relations qui ont conduit à la produire. Selon le W3C, dans PROV-DM du 30 avril 2013, ces informations concernent les entités, les activités et les personnes impliquées dans une production. Elles peuvent servir à en apprécier la qualité ou la fiabilité.

Pour appliquer cette définition à un document, partons du besoin de relecture. Une adresse permet de retrouver une page, mais le relecteur doit également comprendre quel passage a été retenu, quelle transformation a été effectuée et comment le résultat a rejoint la phrase finale. Il est utile de traiter ces questions comme des exigences de conception avant de choisir un format de stockage.

La prépublication de Gibert, Despujols et Rochet, déposée sur arXiv le 30 septembre 2026, décrit un moteur qui construit un registre de faits avec valeur, unité, période et classe de provenance. Les sources et les formules y sont enregistrées lorsqu’elles s’appliquent. Ce dispositif fournit un point d’appui pour la méthode développée ici. L’adaptation au vocabulaire PROV est une proposition de conception de TW3 pour cet article.

Le périmètre à décider est donc concret : quelles affirmations du document devront disposer d’un chemin consultable jusqu’aux pièces utilisées ? Privilégiez celles qui portent la recommandation ou conditionnent son interprétation.

2. Comment représenter les pièces et les transformations ?

Représenter une pièce comme une entité et son traitement comme une activité permet de distinguer ce qui est conservé de ce qui s’est produit. Le W3C, dans PROV-DM du 30 avril 2013, définit une entité comme une chose dont certains aspects sont fixes, et une activité comme une action qui se déroule dans le temps et agit sur des entités.

Dans notre proposition, la pièce archivée, le fait extrait, la formule, le résultat et la phrase constituent des entités distinctes. L’extraction, le calcul et la rédaction constituent des activités. Le schéma suivant représente leurs relations possibles, sans donnée ni document fabriqué. Les flèches se lisent dans le sens de leur libellé, en remontant depuis la phrase.

flowchart TD
  P[Phrase rendue] -->|wasGeneratedBy| R(Rédaction)
  R -->|used| V[Résultat calculé]
  V -->|wasGeneratedBy| C(Calcul)
  C -->|used| F[Fait extrait]
  C -->|used| M[Formule conservée]
  F -->|wasGeneratedBy| E(Extraction)
  E -->|used| S[Pièce source archivée]
  P -.->|wasDerivedFrom| V
  V -.->|wasDerivedFrom| F
  F -.->|wasDerivedFrom| S

Voici le dictionnaire des relations employées dans ce graphe et de celles nécessaires pour décrire les responsabilités. Les noms techniques reprennent la notation présentée dans PROV-DM.

RelationSens de lectureUsage proposé pour le document
usedUne activité a utilisé une entité.Le calcul utilise le fait extrait et la formule.
wasGeneratedByUne entité a été produite par une activité.Le résultat provient de l’activité de calcul.
wasDerivedFromUne entité dérive d’une autre entité.Le résultat dérive du fait utilisé.
wasAttributedToUne entité est attribuée à un agent.Le fait est attribué à son responsable désigné.
wasAssociatedWithUne activité est associée à un agent responsable.L’extraction est associée au logiciel exécuté.
actedOnBehalfOfUn agent agit pour le compte d’un autre.Une délégation documentée relie opérateur et organisation.

Pour une extraction qui transforme le contenu, conservez séparément le passage lu et la valeur interprétée. Cette séparation permettrait de vérifier l’interprétation sans confondre le texte original avec son traitement. Le graphe décrit les dépendances retenues ; le détail des champs appartient au registre de faits.

3. Comment tracer un résultat dérivé ?

Un résultat dérivé se rattache aux valeurs utilisées et à l’activité qui les a transformées. Le W3C, dans PROV-DM du 30 avril 2013, permet de décrire une dérivation avec une précision variable : relation entre entités, puis activité, utilisation des entrées et génération de la sortie lorsque ces informations sont disponibles.

Pour rendre un calcul vérifiable, nous recommandons de conserver la formule appliquée et les références des opérandes, c’est-à-dire les valeurs sur lesquelles porte le calcul. Identifiez aussi leur rôle dans l’opération. Le relecteur doit pouvoir distinguer une erreur de donnée d’une erreur d’application de la formule. La formule conservée dans le graphe représente ici une entrée explicite de l’activité ; ce choix relève de l’architecture proposée.

La lecture peut alors partir de la phrase : retrouver le résultat utilisé, ouvrir le calcul correspondant, puis suivre chaque entrée jusqu’à son extraction et à la pièce source. Si plusieurs valeurs interviennent, chacune doit disposer de ce parcours. Cette exigence permet de définir ce que l’équipe entend par une chaîne complète à l’intérieur du périmètre choisi.

PROV-DM distingue aussi la révision, qui relie une version révisée à une entité antérieure, et la citation, qui en reprend tout ou partie par copie. Dans la conception proposée, une reformulation sera décrite comme une dérivation selon le traitement réalisé. Pour une correction, conservez l’entité antérieure et reliez-lui la nouvelle version. Le relecteur pourra ainsi retrouver la donnée effectivement utilisée lors de la rédaction initiale.

4. Comment attribuer les responsabilités ?

Attribuer les responsabilités consiste à identifier les acteurs impliqués et leur rôle dans chaque activité. Dans le PROV-DM du W3C du 30 avril 2013, un agent porte une forme de responsabilité pour une activité, l’existence d’une entité ou l’activité d’un autre agent. Ce terme couvre notamment une personne, une organisation ou un logiciel en cours d’exécution ; son sens dépasse celui d’un agent IA.

Le logiciel chargé de l’extraction peut ainsi être un agent, tandis que l’extraction elle-même est une activité. L’attribution rattache une entité à un agent. L’association rattache une activité à un agent responsable et peut préciser le plan prévu par cet agent. La délégation décrit l’action pour le compte d’un autre agent, qui conserve une part de responsabilité dans le résultat.

Pour un projet documentaire, formalisez séparément les rôles d’exécution et de validation. Associer le logiciel à l’extraction lui attribue une responsabilité dans cette activité. Enregistrer une relecture comme une activité distincte, avec son auteur et sa décision, rendrait la validation identifiable. Cette organisation est une proposition de méthode : les relations du standard donnent un vocabulaire, tandis que l’équipe définit les rôles attendus.

Avant l’implémentation, faites valider ce dictionnaire par le responsable métier. Il doit préciser ce que signifie l’attribution d’un fait et quelles traces autorisent à déclarer une validation achevée. Une délégation ne se déduit donc pas automatiquement de la présence de plusieurs acteurs dans le même traitement.

5. Quelles références faut-il conserver dans le document ?

Le document devrait conserver une référence stable permettant de retrouver le fait utilisé, sa version et son parcours vers l’archive. Le W3C, dans PROV-DM du 30 avril 2013, impose un identifiant aux entités, activités et agents. Il prévoit également des attributs pour un libellé lisible et une localisation, qui peut désigner un emplacement dans un fichier.

À partir de ce cadre, prévoyez une clé de fait visible depuis la phrase ou sa note de source. Cette clé doit conduire à la version retenue pour le document. Le registre associé peut ensuite porter le passage exact, son emplacement et la référence de la pièce archivée. Ces champs constituent notre choix de conception pour rendre le parcours utilisable par un relecteur.

L’annexe consacrée au pipeline d’origine dans la prépublication déposée sur arXiv le 30 septembre 2026 décrit un fichier de rapprochement contenant une clé par nombre et un journal d’audit. Les documents rédigés à partir de ce fichier citent les nombres par leur clé. Il s’agit du pipeline d’origine, à distinguer du système hybride étudié dans le corps du papier.

Prévoyez des vues adaptées aux lecteurs : la source et le passage pour la relecture métier ; les entrées, opérations et responsabilités pour l’audit autorisé. Le graphe logique peut relier des objets conservés dans plusieurs emplacements. Testez le parcours depuis le document final avec les droits du relecteur prévu, jusqu’à l’ouverture effective de la bonne archive.

6. Que ne démontre pas une provenance complète ?

Une provenance complète permet de retracer la production ; l’exactitude de l’information exige des contrôles supplémentaires. Le W3C, dans PROV-DM du 30 avril 2013, présente la provenance comme une information utilisable pour apprécier la qualité et la fiabilité. Dans notre méthode, cette appréciation comprend la vérification du passage source, du périmètre retenu et de l’opération réalisée.

Une chaîne peut documenter fidèlement un calcul erroné. Prévoyez donc une vérification arithmétique séparée et une relecture du sens de la phrase : la période, l’unité et la portée de la source doivent rester cohérentes avec l’affirmation. Consignez le résultat de ces contrôles comme des activités identifiables.

La prépublication déposée sur arXiv le 30 septembre 2026 signale elle-même que les journaux de génération et d’évaluation ne disposent pas d’une chaîne de provenance complète reliée aux versions. Cette limite rappelle l’intérêt de préparer la conservation des traces au moment de concevoir le système.

La spécification SLSA, Build: Provenance, version 1.2 décrit, pour sa part, la production de fichiers logiciels par une plateforme de construction. Elle distingue la définition de la construction et les détails de son exécution, avec les dépendances connues. Pour un document, nous proposons de conserver cette vue de fabrication en complément du parcours des faits : l’une décrit l’exécution qui a produit le fichier, l’autre les transformations qui soutiennent ses phrases. Il s’agit d’une proposition de méthode, sans revendication de certification W3C ou SLSA.

FAQ

Que décrit une provenance ?
Elle décrit les éléments utilisés, les transformations effectuées et les acteurs impliqués dans une production. Dans le vocabulaire de PROV-DM présenté ci-dessus, ces éléments sont reliés comme des entités, des activités et des agents. Pour un document, le périmètre de traçabilité doit être défini dès la conception.

Une URL suffit-elle ?
Une adresse donne un accès à une ressource. Pour appliquer la méthode proposée à une phrase issue d’un calcul, il faut aussi retrouver le passage retenu, les données utilisées et l’opération effectuée. La référence à l’archive permettrait de revenir à la version effectivement consultée.

Que signifie agent dans PROV ?
C’est un acteur auquel une forme de responsabilité est attachée dans la production décrite. Le standard prévoit notamment les personnes, les organisations et les logiciels exécutés. Dans notre schéma de conception, on doit donc distinguer le logiciel chargé d’une extraction de l’activité d’extraction elle-même.

Une révision efface-t-elle l’ancienne donnée ?
La relation de révision décrit une nouvelle entité issue d’une entité antérieure. Notre méthode prévoit de conserver les références distinctes et le lien entre elles, afin de retrouver la version utilisée dans chaque document. La politique de conservation des fichiers reste à définir dans le projet.

La provenance prouve-t-elle la vérité ?
Elle aide à retracer une production et à examiner ses fondements. Les contrôles proposés dans cet article portent séparément sur la source, le calcul et le sens de la phrase. Leur résultat mérite lui aussi une trace, pour que le relecteur sache ce qui a effectivement été vérifié.

Pour aller plus loin

  • Registre de faits : concevoir la source de référence d’un document produit par agent.
  • Le manifeste de fabrication : retrouver les sources et composants d’un document agentique.
  • Empreinte, signature, attestation : vérifier l’intégrité d’un document et de son manifeste.

Sources